Les enjeux sanitaires en forêt de Haye

Contexte : nos forêts face au changement climatique

Depuis 2018 on observe une intensification des sécheresses associées à des épisodes caniculaires marqués durant la période de végétation. C’était notamment le cas pour les années 2018, 2019, 2020 et 2022 dans le Grand Est.

Ces aléas climatiques ont été des déclencheurs de désordres ou de crises sanitaires en forêt, d’ampleur et de nature variable.

La crise des scolytes de l’épicéa a été le premier événement marquant de cette séquence dès la fin de l’été 2018. Des mortalités massives dans les peuplements d’épicéa des plaines et plateaux du Grand-Est ont marqué durablement certains paysages forestiers. Le scolyte spécifique à l’épicéa est en effet particulièrement agressif et prolifique en phase d’affaiblissement de ces arbres. S’agissant du massif de Haye, qui comporte très peu de plantations d’épicéa, il a été faiblement impacté par cette crise.

Plus généralement, ces aléas climatiques sont à l’origine de désordres physiologiques qui peuvent entrainer des phénomènes de dépérissement.

Les pics de chaleur caniculaires provoquent la fermeture des stomates des feuilles, qui ne peuvent plus réguler leur température par transpiration. Il en résulte un flétrissement et une chute précoce du feuillage, ce qui contribue à l’affaiblissement des arbres les plus exposés.

Par ailleurs, en cas de sécheresse prolongée, lorsqu’il n’y a plus de réserve en eau dans le sol, il se produit un phénomène de cavitation, c’est-à-dire une entrée d’air dans le circuit de circulation d’eau des arbres, ce qui entraîne la rupture irréversible de ce circuit. L’embolie gazeuse qui en résulte provoque des mortalités de branches, voire de l’arbre entier.

Ces dernières années, il y a globalement davantage de branches mortes de toute dimension dans les houppiers des grands arbres, le risque de chute de celles-ci est plus élevé, notamment en  cas de vent fort. C’est pourquoi, en forêt de Haye, des panneaux alertant sur ce risque ont été posés par l’ONF au départ de nombreux chemins forestiers.

Le hêtre dans le massif de Haye

Le hêtre est sensible aux excès de chaleur et de sécheresse, « victime parfaite du réchauffement climatique »  (titre d’un article paru le 11/06/2023 dans le Monde). 

Un échantillonnage effectué durant l’été 2022 dans le Grand Est sur 300 placettes (6500 arbres) par le Département de la Santé des Forêts a permis de quantifier la dégradation des hêtraies :

  • 10 à 15% « très dégradées »
  • un tiers des placettes « saines »
  • plus de la moitié « dégradées »

Le hêtre est l’essence dominante du massif de Haye. Les dépérissements y sont plutôt diffus et localisés, mais bien visibles. Les arbres les plus vulnérables sont des arbres âgés et isolés : arbres de lisières, arbres dans des peuplements destructurés, notamment par la tempête de 1999… Autre facteur prédisposant : les sols à réserve en eau moyenne ou faible.

Ainsi, on a pu observer des dépérissements plutôt rapides, avec en premier lieu une mortalité importante des branches dans l’ensemble du houppier (photo 2), suivi de la mortalité complète de l’arbre (photo3), dans la saison ou la suivante.

Photo 2
Photo 3

D’autres arbres dépérissants mais plus résilients présentent une « descente de cime » marquée, avec de nombreuses mortalités de branches au sommet du houppier (photo 4). L’arbre peut se maintenir ainsi plusieurs années.

Par ailleurs, l’écorce du hêtre est fine et fragile : les coups de chaleur et l’ensoleillement peuvent provoquer des nécroses sur le tronc des arbres les plus exposés (photo 5, sur un jeune arbre), constituant une porte d’entrée pour des pathogènes.

Photo 4
Photo 5

 La chalarose du frêne

Photo 6 : près de Neuves-Maisons, frêne affecté par la chalarose mais toujours vivant ; peu de branches et feuillage réduit à des paquets de feuilles.

La chalarose du frêne est une maladie foliaire causée par un champignon exotique invasif (Chalara fraxinea, originaire de l’Asie de l’Est), apparu en France en 2008. Le commerce international de jeunes plants infectés est à l’origine de cette introduction (sans lien avec le changement climatique).

Depuis 2008, cette maladie a causé de nombreux dégâts dans les plantations, les jeunes peuplements et les peuplements adultes où cette essence est présente à plus de 20%. Cependant, le frêne commun ne disparaît pas : certains individus sont tolérants à la maladie. Par ailleurs, disséminé et en mélange avec d’autres espèces, le frêne peut se maintenir.

Ainsi, en forêt de Haye, le frêne a régressé depuis l’apparition de la maladie, mais on le trouve plutôt dans ce dernier cas de figure, où le frêne reste une essence d’accompagnement dans de nombreux peuplements.

Pour une forêt plus résiliente
aux aléas climatiques

Compte tenu des trajectoires climatiques prévisibles, nos territoires vont connaitre des vagues de chaleur et des sécheresses plus intenses. Les peuplements forestiers vont continuer à subir des évolutions, très rapides à l’échelle de la vie d’un arbre. Il est probable que le hêtre va régresser, sauf dans les stations les plus favorables.

Pour atténuer l’impact du changement climatique, des adaptations des pratiques sylvicoles et des moeurs de bonne gestion sont indispensables, dont voici les grandes lignes :

  • mettre en œuvre des sylvicultures à couvert continu, et limiter autant que possible les coupes rases, en vue de préserver le microclimat forestier,
  • favoriser le mélange d’essences, éviter d’introduire des espèces exotiques,
  • mettre en place des îlots de sénescence, contribuant au maintien de la biodiversité,
  • préserver les sols forestiers, en évitant au maximum les tassements du sol par passage d’engins lourds dans les parcelles ; en effet, le tassement du sol détruit durablement sa structure au détriment du système racinaire des arbres,
  • veiller à l’équilibre sylvo-cynégétique, pour permettre la régénération des peuplements.

Denis Girault

La FdH

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